14 mars 2009

Vidéo sur les événements récents de la CDPQ




«Je suis un irresponsable» de dire John Charest.
«Je ne peux m'immiscer dans les affaires de la caisse qui est l'institution publique économique la plus importante du Québec» de dire la ministre des Finances, Monique «Face de Joker» Gérôme Forget.
«Je ne pouvais prévoir que la crise économique serait aussi importante et que le papier commercial irait si mal!» de dire Henri Paul Rousseau, spécialiste en économie et détenteur d'une superbe prime de départ et d'un nouvel emploi chez Power Corporation pour services rendus.
«Je connais très bien nouveau président de la Caisse de dépôt et de placement car j'ai travaillé avec lui lorsque j'étais dans le cabinet de Mulroney. Je suis confiant, il fera du très bon travail même s'il a échoué lamentablement et presque ruiné BELL, tout en s'accordant des salaires astronomiques. Je rends simplement service à un copain qui est aussi un grand copain de mon patron.» De dire John James Charest à propos de Michael Sabia, nouveau président de la CDPQ.
«Tout va très bien madame la marquise» de dire Paul Desmarais et ses vautours.

Est-ce qu'il s'en trouve encore pour traiter de paranoïaques ceux qui accusent notre gouvernement de corruption?

9 mars 2009

Ludovic le cochon, Épisode 1


Ses deux énormes crocs ornant sa mâchoire inférieure fourrageaient farouchement le sol humide, comme il est bon de fouiller la terre après la pluie et sentir la fraîcheur envahir notre gros museau d’cochon. Comme il est bon d’être cochon! On peut s’adonner à la cochonnerie sans remord ni remarque de ses comparses cochonnets! Oh oui, ces moments rares et précieux où on peut voir la vapeur s’élever de la terre détrempée chauffée au soleil. Ahhh cette senteur de terre noire! Si le passé à une odeur, c’est celle-ci, une odeur de réconfort qui nous dit «nous étions là avant vous». Labourer la terre chaude avec sa gueule a quelque chose de transcendant, un sentiment qui vous pogne par les tripes et vous les remontent jusqu’au fond de la gorge, vous savez cette petite boule d’émotion qui veut vous faire exploser le gorgoton? Ludovic la sent bien cette petite boule et il fourrage le sol avec force et bonheur de sa gueule et de ses sabots, quand quelque chose vint frapper sa conscience, une chose bien simple, mais oh combien de fois oubliées. Trop souvent oubliée… La terre porte la marque du passé et souhaite toujours la bienvenue au changement.

En extirpant ainsi du sol les racines de nombreuses plantes présentent autour de lui, Ludovic s’imagine ces racines se transformant sous ces yeux en un réseau ou une toile de pensées, la toile de ses comparses cochonnets, ces pensées enfouies au plus profond d’une conscience commune. Ces pensées sont porteuses de leur histoire, elles s’enracinent bien profondément en eux, à partir de leurs entrailles jusque dans chacune des synapses de leurs cervelets. Elles sont la source nourricière de leur identité, elles permettent de répondre à des questions cruciales pour un être doté d’intelligence et conscient du passage du temps : «Qui suis-je?», « D’où vins-je?» et surtout, « Où vais-je? ». Ludovic voit maintenant ces racines qui prennent source dans son être et sont reliées à chacun des cochons l’entourant, certain d’entre eux ont des racines moins fortes, moins grosses, moins développées, d’autres possèdent un réseau de racine encore plus développé que le sien, mais chaque cochon détient ce potentiel, les racines ayant seulement besoin d’un peu d’eau fraîche.

Un souvenir bien précis vient alors en tête de notre cochonnet, les histoires que lui racontait son grand-père, des histoires sur ses ancêtres. Il voit maintenant l’image de son grand-père au physique tout rabougri, une coulisse de morve pendait souvent de son groin, son visage couvert de rides qui rappel l’image d’une prune pourrit dont la peau jadis rougeâtre et lisse s’est maintenant transformée en marron, une prune bien molasse et ratatinée. Son grand-père possède toute foi une lueur au fond des yeux, bien sombre et difficile à discerner dans ses yeux bruns foncés, mais elle est tout de même là, la lueur bien discrète de la sagesse, l’ont pouvait la voir seulement en regardant bien profondément dans ces yeux imposants. Bien des cochons baissaient la tête devant son grand-père et petit cochon sait bien pourquoi, la sagesse a quelque chose d’imposant. Notre petit cochon aime bien les histoires que lui racontait son grand-père, parfois des exploits ou des défaites de ses ancêtres, d’autres fois, des mythes et légendes transmises de génération en génération. Chacune de ces histoires sont porteuses d’une leçon à retenir et d’enseignements qui lui permet de savoir pourquoi les choses autour de lui sont ainsi faites et se que chaque cochonnet a en commun avec lui, une mémoire commune et rassembleuse qui permet de se dire : « Voilà ce que tous ensemble nous avons vécu. » Ce sentiment est enfoui au plus profond de nos entrailles et allez jouer dedans peut parfois s’avérer être au départ douloureux, mais devient à la longue un baume apaisant issu de notre compréhension de notre identité. On peut aussi choisir de se couper ses propres entrailles pour en extirper les racines et les jetés au feu, mais l’exercice devient très vite aliénant. Ludovic l’observe trop souvent chez certain de ses comparses cochonnets qui affichent ouvertement leur ignorance face à l’histoire et qui en ont cures. Il en fait peu de cas, Ludovic n’aime pas perdre son temps avec des cochonnets non désireux d’apprendre, par contre, à l’image de son grand-père, il adore répandre ses connaissances.

Notre cochon continue donc de fourrager le sol tout en étant perdu dans ses pensées, quand son museau heurte tout à coup violemment une pierre qui sort à peine du sol, cachée par les amoncellements de terre noire qu’avait causés sa grande voracité. Ludovic est un cochon solide sur ses quatre pattes et, bien qu’il soit très chancelant, il réussit tant bien que mal à ne pas perdre l’équilibre, il peut par contre sentir son museau s’engourdir à mesure qu’il prend des inspirations, se qui provoque, bien malgré lui, de gros écoulements de larmes le long de son visage. Son orgueil venait d’en prendre un coup et il se doit par conséquent de faire payer son injure à cette maudite pierre! Il entreprend donc de creuser autour de la pierre à l’aide de ses petites pattes. De bon cœur et férocement, il laboure frénétiquement le sol de ses deux pattes avant et la terre vole littéralement en prenant le passage entre ses deux petites pattes arrière. Son projet est de déterrer cette sale pierre, de la faire rouler jusqu’à la falaise et, vous l’aurez deviné, de l’envoyer débouler tout en bas afin de la voir s’éclater en morceaux sur le gravier. Le creusage va bon train, mais Ludovic se rend bien vite compte que la pierre est beaucoup plus grosse qu’il n’en parait. Le bout de pierre qui dépassait du sol n’était que la pointe de l’iceberg, mais il continue tout de même ses travaux d’excavations, après tout il possède les atours d’une tête de cochon et il a la certitude que voir cette roche s’éclater au bas de cette falaise serait une belle récompense pour ses efforts. Ce n’est qu’à bout de force, après avoir creusé pendant se qui lui semble être une éternité, que cochonnet est forcé de renoncer! Les muscles en feu, les pattes de devant écorchées, il s’avoue vaincu! La pierre avait eu le dessus sur sa ténacité et il pensa au fond de lui-même : « Peut-être que certaines choses refusent tout simplement de changer… »

21 févr. 2009

Affaire 1759: une mise au point du RRQ

Lettre ouvert de M. Patrick Bourgeois du RRQ en réponse aux médias fédéralistes, au PQ et à leurs récentes sorties suite à l'histoire des plaines d'Abraham.

Depuis quelques jours, on tente de me faire payer très cher la victoire que nous avons obtenue, nous du Réseau de Résistance du Québécois, contre la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) et le Canada, dans le dossier de la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham. Je sais que ceux d’en face, nos adversaires les plus acharnés, n’ont toujours pas digéré qu’une petite organisation indépendantiste ait fait reculer l’État canadien et ses institutions de propagande.

Maintenant, la colère de nos adversaires fédéralistes et leurs courroies de transmission médiatique est telle qu’ils sont en train de complètement déconstruire – pour mieux le réinventer- le discours que le RRQ a articulé dans ce dossier. Ils tentent de me faire passer pour un véritable Ben Laden québécois, le couteau entre les dents et impatient de passer à l’exécution de nos ennemis. Évidemment, tout cela est complètement farfelu. Si j’avais dit de telles choses, si j'avais fait des appels au meurtre, je serais déjà derrière les barreaux. Nous tenons par conséquent à préciser certaines choses.

Pierre Falardeau et moi, nous avons dit dès le départ que nous empêcherions le fédéral de danser sur les tombes de nos ancêtres en reconstituant la défaite franco-canadienne de 1759. Lorsque les journalistes m'ont demandé comment nous nous y prendrions, j'ai dit que nous pourrions aller jusqu’à la désobéissance civile. Cela signifiait d’organiser un sit-in sur les plaines d'Abraham. Nous l’avons dit publiquement à plusieurs reprises, comme j’ai dit à plusieurs reprises que nous rejetions les actes violents afin de faire capoter le projet de reconstitution. Je n’ai jamais fait d’appels au meurtre comme les journalistes ne cessent de le répéter aujourd’hui, en ce jour du 21 février 2009! En agissant ainsi, ils versent - inconsciemment ou pas - dans la pure calomnie!

Voilà ce qui est vraiment arrivé.

Le jeudi 12 février, Michel Hébert du Journal de Québec m’a appelé pour me demander comment j’entrevoyais le déroulement du projet de reconstitution si la CCBN n’annulait pas le tout. J’ai alors répondu qu’il y avait un risque évident de violence, car des excités des deux camps – autant l’indépendantiste que fédéraliste – pourraient en profiter pour commettre des gestes violents. Je voyais sur la pétition que nous avons mise en ligne au www.operation1759.org que plusieurs étaient très en colère, certains se permettaient même de dire qu’ils voulaient reconstituer la bataille, « mais avec des balles réelles ». Les fédéralistes excités, eux, m’envoyaient des courriels pour me dire que si Pierre Falardeau et moi nous mettions les pieds à Québec, nous serions assassinés. Michel Hébert a alors écrit que des appels au meurtre étaient formulés. Mais jamais le RRQ n’a été l’auteur de ces appels. Jamais, jamais, jamais.

Le problème est que la CCBN s’est servi de cet article pour justifier le fait que le fédéral reculait devant le mouvement indépendantiste. Il fallait sauver la face de Josée Verner, entre autres, elle qui disait que jamais le Canada ne plierait face au mouvement indépendantiste. André Juneau a alors complètement mis la faute sur le RRQ qui aurait fait des appels à la violence. Ce qui est faux, à moins de considérer un sit-in comme le paroxysme de la violence politique!

Ce que Pierre Falardeau et moi déplorons, c’est que c’est la version de la CCBN qui est depuis colportée sur la place publique, et ce, même si Michel Hébert a clairement démontré dans le Journal de Québec que la décision d’annuler la reconstitution avait été prise le lundi avant le 12 février, donc, avant qu’il soit publiquement fait mention des risques de dérapage qu’auraient possiblement provoqués des excités. Ce qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, la Presse Canadienne rapporte la décision prise par le tribunal inquisiteur du Parti Québécois de me vouer aux gémonies en soulignant que « j’avais évoqué des appels au meurtre pour court-circuiter le projet de reconstitution ». Ce passage est complètement faux, il pêche par ambiguïté. Il donne la désagréable impression que c’est moi qui aurais fait des appels au meurtre. Ce qui est faux, faux, faux! Bien sûr, je croyais et je crois toujours que si la CCBN avait été de l’avant avec son projet de reconstitution, il y avait un po
tentiel de violence, pour les raisons évoquées ci-haut. Ce projet déchaînait tellement les passions qu’il aurait fallu être complètement déconnecté de la réalité pour ne pas le croire. Si je suis coupable de quelque chose, c’est d’avoir répondu honnêtement aux questions d’un journaliste, de lui avoir dit que tout cela pouvait se transformer en Samedi de la matraque, prise 2, pas à cause de nous, mais à cause du contexte. Aurait-il été responsable de dissimuler les menaces que faisaient autant des excités indépendantistes que fédéralistes? Aucunement!

Bien évidemment, toute cette bataille sur la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham a été très dure. Nous savions qu’en face, ils comptaient passer sur le corps des Québécois et organiser envers et contre tous cet immense carnaval de propagande. Parce qu’ils étaient aussi déterminés, nous dûmes l’être tout autant dans notre camp. Le ton a monté, des deux côtés. Et nous comprenons que tout cela ait pu ne pas plaire à tous.

Mais Pierre Falardeau et moi étions convaincus que le mouvement indépendantiste avait profondément besoin d’une victoire. Les victoires morales, c’est bien beau, mais ça ne nous rapproche en rien de la victoire ultime! Pierre Falardeau et moi avons donc décidé, comme deux seuls hommes, qu’ils nous fallaient remporter cette bataille, qu’ils nous fallaient faire face aux adversaires les plus déterminés du Québec. Parce que nous nous sommes tenus debout, avec courage, parce que nous avons été plus déterminés qu’eux et plus forts mentalement, nous avons décroché la victoire pour le mouvement indépendantiste. Une trop rare victoire qui remonte le moral des troupes, c’est indéniable.

Aujourd’hui, une fois que la job a été accomplie par Pierre Falardeau et moi, certains nous reprochent nos stratégies, notre ton, notre discours, nos coups de gueule pas toujours élégants, je l’admets. Pierre Falardeau et moi sommes des êtres humains ayant des talents et des défauts. Ceux qui considèrent que nous avons davantage de défauts que de qualités n’avaient qu’à sortir de l’ombre au plus fort de la tempête, pour prendre le relais et imposer leur propre stratégie. Mais non, ils ont préféré demeurer bien cachés, à l’autre bout du champ de bataille, bien à l’abri, mais en grommelant timidement contre nous, entre autres sur les ondes des radios-poubelles, en toute complicité avec leurs animateurs anti-Québec. Pendant que deux seuls hommes défendaient l’honneur du mouvement indépendantiste contre le premier ministre du Canada, contre Josée Verner, contre le maire de Québec, contre la CCBN et contre les radios-poubelles de Québec, le Parti Québécois tremblait. Il était blan
c de frayeur. Trop peu habitués à se tenir debout face à l’adversaire, ayant perdu le réflexe de se battre pour obtenir quelque chose au lieu d’encore et toujours quémander des concessions au maître des lieux, les péquistes ont eu indubitablement plus peur de nous que nos adversaires d’en face.

Le Parti Québécois a attendu que Pierre Falardeau et moi terminions la job avant de nous tirer dans le dos. Une fois que nous avons eu réglé le dossier de la reconstitution, en décrochant la victoire, ce parti organisa un vaste tribunal d’inquisition. Répondant ainsi aux diktats de Jean Charest, pour qui il est inadmissible que les différentes factions du mouvement indépendantiste collaborent parfois entre elles, de diverses façons (dans le cas qui nous concerne, on parle de simples publicités et aucunement de liens plus ou moins serrés), le PQ a sorti son arsenal; cet arsenal qu’il réserve toujours à l’exécution de ses troupes les plus combatives, mais qu’il n’utilise jamais pour viser l’adversaire fédéral. Pierre Falardeau et moi, mais surtout moi, avons ainsi été exécutés par les péquistes et, par ricochet, par les bloquistes. J’étais coupable d’avoir « formulé des commentaires inacceptables, inappropriés, qui s'apparentent à des propos violents ». Il fallait donc cesser d
e placer des publicités dans les pages du Journal Le Québécois.

Que le Parti Québécois décide d’utiliser ses budgets publicitaires comme bon lui semble, c’est parfaitement son droit. Afin de se distancier de nous, il aurait tout simplement pu dire que la publicité placée dans nos pages ne permettait aucunement de dire qu’ils endossent nos stratégies. Car, partant de là, à chaque fois que le PQ place une publicité chez Gesca, il faudrait considérer que cela représente un appui officiel à André Pratte. Ce qui n’est évidemment pas le cas. Mais le PQ a refusé d’agir ainsi, en toute sagesse. Il a décidé d’être encore plus violent à notre égard que ne le sont nos adversaires. Sans apporter les bémols qui s’imposent, le PQ a étiqueté le RRQ comme une organisation violente, ce qui est faux. Pire, le député Stéphane Bédard m’a indirectement comparé à Chuck Guité, un acteur-criminel des commandites.

Maintenant, je n’ai pas l’intention de devenir un PQ-basher professionnel. Le PQ n’en vaut décidément pas la peine. Et de toute façon, trop de gens ne comprendraient pas que nous réorientons ainsi notre combat. Nous ferons donc comme nous faisions avant que n’éclate cette affaire, c’est-à-dire que pour nous, le PQ n’existe tout simplement pas. Nous sommes capables d’obtenir des victoires pour le mouvement indépendantiste sans leur aide. Nous continuerons de lutter avec fougue pour qu’advienne un jour le pays du Québec. Nous continuerons d’organiser la révolution que sera la création d’un pays français en Amérique. Bref, nous continuerons de nous tenir debout face à nos adversaires!

Patrick Bourgeois

16 févr. 2009

Matériel Scolaire Du Canadien

Quelle belle trouvaille que de tenter de faire passer une subvention substantielle au club de hockey Canadiens comme remède pour aider la réussite des garçons. Ils ont le dos large les garçons. Effectivement, le ministère de l’Éducation a remis en 2007 et cette année encore un montant total de $250 000 à la Sainte Flanelle pour bâtir du matériel pédagogique.

Si je ne m'abuse, on parle bien ici d'une compagnie privée qui gère des millions et qui fait des profits, non? Il est vrai que le hockey dans l'imaginaire québécois de même que dans la vraie vie prend beaucoup de place. Il est vrai également que les garçons sont fort intéressés par ce sport de même que plusieurs filles. Il est tout aussi vrai que de se servir de cette équipe, de ses joueurs pour développer l'intérêt chez les jeunes de la lecture ou de tout autre élément des programmes peut s'avérer une excellente avenue.

Mais il faut se le dire, matériel pédagogique ici semble dangereusement être synonyme de matériel promotionnel. Si les compagnies privées peuvent mettre la main à leur guise sur des centaines de milliers de dollars, gracieuseté du ministère, pour se promouvoir et faire passer ça pour du matériel pédagogique, combien d'argent verrons-nous ainsi s'envoler vers le privé une fois de plus?

Mireille Proulx est vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de Champlain (CSQ)



Non seulement il est injustifiable qu’une compagnie à but lucratif comme le Canadien obtienne du financement par notre gouvernement pour contribuer à l’éducation de nos enfants, mais il est aussi inquiétant de voir que nous devons avoir recours à ce type de stratagème pour inciter nos jeunes à étudier. Je m’explique :

Voici deux exemples de problèmes qui pourraient se retrouver dans ce cahier d’exercices.

Si X = 2 000 000 et que le joueur du Canadien le mieux payé gagne 3 x X cette année, quel est son salaire annuel? Un indice, son salaire est supérieur de 3,8 fois la somme accumulée dans une vie d’un travailleur moyen qui gagne 35 000$ par année pendant 45ans.

Si 10 Québécois réussissent à se faire repêcher dans la ligue nationale en 2008 et qu’il y a 1 000 000 de Québécois âgés de 17 à 19 ans à cette même période, qu’elles étaient les chances qu’un jeune québécois se joigne à la ligue nationale en 2008?

Répondez à ces 2 questions toutes simples et vous verrez à quel point on vend du rêve à nos enfants. Nous ne les préparons pas à faire face à la réalité, peut-être parce que nous savons que ce serait trop dur sur leur moral. Ces joueurs de hockey possèdent seulement du talent dans un sport donné, pourquoi en faire des modèles de réussites à nos jeunes? Ils ne contribuent en rien au meilleur fonctionnement de notre société.

Vous connaissez l’image d’un homme assis sur un âne tenant une carotte au bout du nez de l’animal pour le faire avancer? Remplacer l’âne par un enfant, la carotte par le rêve et l’homme par nous les adultes. C’est de cette manière que vous voulez motiver vos enfants à étudier?

Voici deux questions qui me semblent plus vraisemblables.

Roger se permet de mettre 5000$ par année sur une voiture qui lui en coûte 24000$, en combien d’années pourra-t-il rembourser son foutu prêt?

Si un homme gagne 5 000 000 de dollars par année pour pousser une puck et donne 20 000 dollars à une œuvre caritative quel pourcentage de son salaire donne-t-il? Si un autre gagnant 30 000 dollars par année à la sueur de son front et en donne 500, quel pourcentage de son salaire donne-t-il? Laquelle de ces 2 personnes sera considérée comme un héros?


10 févr. 2009

Les «maladies mentales» des indépendantistes


Lors de mes nombreuses «discutions» avec des fédéralistes à propos de l’indépendance du Québec dans la vie de tous les jours ou sur des forums ou blogues, j’ai souvent eu droit à des qualificatifs peu élogieux à propos de mon état psychologique. Bien sur il y a les insultes faciles d’usages fréquents chez des personnes ayant peu de connaissances dans le domaine, et ce, dans les deux camps, par exemple «mangeux de marde fédéraste» ou bien «criss de séparatissss». Je recommande aux indépendantistes de ne pas embarquer dans ce genre de chose, tout simplement parce que l’on passe pour une gang d’épais. Par contre lorsque j’ai eu à sortir plusieurs arguments sur un sujet donné et que le fédéraliste en face de moi se retrouvait sans argument, j’ai généralement eu droit à des remarques qui sont aussi gratuites, mais qui sont toute fois plus subtile, on mettra en doute votre santé mentale. J’ai donc choisi de faire un petit guide décrivant nos soi-disant maladies mentales. Discutons-en entre amis et nous pourrons peut-être en guérir!

Lorsqu’un fédéraliste se retrouve dans une situation où il ne trouve plus d’argument pour justifier son point de vue il peut arriver qu’on vous qualifie de frustré. Vous êtes un frustré parce que vous ne voulez pas accepter le fait que notre bataille est déjà perdue et que vous feriez bien de prendre votre trou. En étant devant cette affirmation, cette question me vient à l’esprit : « Qui est le véritable frustré? » La personne qui lutte pour préserver la spécificité de son peuple? Ou la personne qui ne peut accepter de voir une personne lutter pour cette même raison? La bataille n’est pas terminée et n’est pas perdue, elle n’est pas terminée, car le fédéral continu sa politique d’assimilation et de déséquilibre fiscal et elle n’est pas perdue, car je travail présentement à écrire un texte sur l’indépendance du Québec. Notre cause ne sera pas perdue tant qu’il y aura des gens pour promouvoir notre émancipation.

On peut aussi vous dire que l’amertume dicte votre façon de penser. Vous êtes amers, car vous êtes incapable de mettre une croix sur votre passé et, par conséquent, de passer à autre chose. Oui! Vous êtes amers! Car vous tenez compte des éléments du passé pour vous bâtir un futur, drôle d’amertume. Comment bâtir un futur viable sans tenir compte des éléments du passé? Ce concept m’échappe complètement. On en profitera pour vous dire que vous refuser que les choses changent. Autre fausseté bien sûre, pour pouvoir changer les choses il est primordial de faire l’indépendance. Il est impossible pour le Québec de changer les choses concrètement dans le fédéralisme, puisque nous devons rendre des comptes à un gouvernement extérieur qui ne désire pas que les choses changent et ça, l’Histoire le prouve. Il semble que ce soit plutôt les amateurs de ce statuquo qui refusent de voir les choses changer.

C’est tout de même pratique de retrouver ces psychologues qui vous offrent des consultations gratuites un peu partout sur le web. Ça évite bien des frais de consultation et de déplacement, de plus vous n’avez absolument rien à demander et les résultats de votre consultation vous sont transmis bien aimablement! N’entrez pas dans le jeu de ces psychologues en herbes. Dénoncer leur comportement le plus aimablement possible, pour bien faire comprendre aux autres intervenants que porter des jugements gratuits sur l’état mental de quelqu’un n’est pas un argument valide. Les indépendantistes souffrent généralement d’une seule chose, vous en avez peut-être déjà entendu parler? Elle se fait rare de nos jours, je crois que l’on surnomme ce phénomène «fierté».

2 févr. 2009

La «Commémoration» de la Bataille des Plaines


On en entend beaucoup parler dans les médias de cette fameuse «commémoration» de la bataille des plaines. Des indépendantistes s’y opposent farouchement alors que des fédéralistes tentent de démontrer les effets positifs qu’aurait une telle reconstitution, ils insistent sur le fait que ce sera un événement pédagogique pendant que d’autres vantent les superbes retombées économiques qu’aura l’événement. À la limite, le premier argument pourrait être valide, mais l’événement de la bataille perdue à très bien été choisit, une fois de plus les Québécois seront vus comme étant des perdants, comme si le sort du Québec s’était décidé en cette simple bataille fatidique. On oubli vite les victoires françaises, car oui, victoires grandioses il y a eu avant cette défaite, n'en déplaise aux langues sales, nos ancêtres n’étaient pas des flancs mous ou des fêtards sans aucune stratégie militaire.

Tant qu’à faire de la pédagogie, pourquoi ne pas reconstituer la bataille de Ste-Foy? Bataille impliquant le Chevalier de Lévis et le gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil. Cette bataille eut lieu quelques mois après la défaite sur les plaines, le Chevalier de Lévis donnant l’assaut reprit la ville de Québec des mains des soldats britanniques. Ou peut-être les nombreuses batailles remportées par Frontenac ou celles remportées par Pierre Le Moyne d’Iberville? Pourquoi ne pas en faire une reconstitution? Parce que nous en sommes sorties vainqueurs et qu’aujourd’hui nous sommes les vaincus, voilà pourquoi. Est-ce une raison pour laisser de côté notre fierté? Sommes-nous vraiment vaincus? Si nous cessons d’être fiers de nos origines, la réponse à cette question sera sans nul doute «oui».

Les citoyens de la ville de Québec qui ne cesse de prétendre qu’ils sont des gens fiers vont-ils laisser cette mascarade se dérouler sans aucune objection? Ou vont-ils se laisser guider par leur pitoyable maire qui dilapide la culture québécoise sous prétexte que c’est bon pour l’économie? Ou vont-ils se laisser berner par leur radio poubelle de merde qui tente par tout les moyens possibles d’alimenter cette rivalité Québec/Montréal afin d’accroitre un sentiment de mépris qui n’a pas lieu d’être. Soyons unis, le mépris est seulement bon pour les cotes d’écoute de ces fauteurs de trouble.

Je fais partie de ceux qui s’opposent à cette reconstitution, car cette fierté est en moi et je me prépare à affronter le mépris de ceux qui nous opposent. Car le mépris, c’est tout se qu’ils leurs restent.

20 janv. 2009

Comment Bâtir le Rêve : Obama


L’effervescence ayant maintenant atteint son paroxysme en cette journée d’assermentation, nous sommes en droit de nous demander se qui a causé toute cette «folie» entourant le nouveau président des États-Unis d’Amérique. Est-ce le fait qu’il enverra 30 000 soldats de plus en Afghanistan? (Cette guerre est maintenant populaire) ou peut-être le fait que la politique américaine d’appui à Israël dans la colonisation de la Palestine se poursuivra de plus belle? Ou peut-être est-ce parce que la spéculation boursière malhonnête continuera à faire en sorte que la crise financière se poursuivra? Serait-ce simplement parce que M. Obama est de race noire?

Plusieurs Américains et les médias proclament que le nouveau président des États-Unis incarne le rêve américain, car un homme de race noire a pu se hisser au sommet de la hiérarchie des États-Unis. Il incarne du même fait le changement. Malheureusement, le problème majeur des États-Unis n’est pas le racisme, mais la corruption. D’ailleurs, n’est-ce pas raciste juger un homme par la couleur de sa peau? Obama est-il plus «humaniste» parce qu’il est noir? Gageons que les malheureux osant critiquer le nouveau président seront rapidement accusés de racisme. Le fait que Barack Obama soit de race noire ne fait qu’ajouter au rêve. Il incarne l’impossible devenu réalité, il nous fait dire aveuglément «Oui, en Amérique, tout est possible! » N’est-il pas plus facile de rêver à l’aide d’un conte de fées? La marionnette peut être blanche, noire ou orange avec des pitons bleus, elle restera toujours une marionnette et une marionnette sera toujours contrôlée par des marionnettistes. Voilà la dure réalité, Pinocchio sera toujours fait de bois.

L’image de rêve incarné par Barack Obama a été bâtie de toutes pièces. Depuis près de deux ans, les médias de masse ne cessent de nous vanter tout le charisme et tout le rêve que cet homme inspire à la population américaine, mais de quoi est fait ce rêve? Comment s’y prendra-t-il pour le réaliser? Qui d’entre vous peut répondre à ces questions toutes simples? Ce rêve n’est qu’une illusion, un masque apposé sur la réalité, composé de sentiments bien mielleux et plein de naïveté là où on devrait retrouver un peu de pragmatisme. Retirer ce masque, faites face à la réalité.

19 janv. 2009

Le Canada ne répond pas aux critères de l'UNICEF sur le soutien à l'éducation

TORONTO - Le Canada traîne sérieusement de la patte dans un rapport de l'UNICEF sur l'enseignement à la petite enfance. Il ne satisfait qu'à une seule des dix normes suggérées visant à assurer que les enfants prennent le meilleur départ possible dans la vie, grâce à des programmes d'éducation et de soutien. Sur l'échelle des pays les plus riches, il se classe au dernier échelon, ex-aequo avec l'Irlande, conclut une analyse rendue publique mercredi par l'UNICEF. Nous investissons excessivement dans les mesures correctrices plus tard, quand les enfants atteignent l'adolescence, mais nous n'investissons pas assez dans les années de la petite enfance, quand il est alors réellement possible d'influencer leur comportement, leur apprentissage, pour le reste de leur vie, soutient Nigel Fisher, président et chef de la direction d'UNICEF Canada. Ces standards, que l'UNICEF qualifie de pratiques et réalistes, comprennent notamment la mise en place d'un congé parental d'un an assorti de prestations équivalant à au moins 50 pour cent du salaire, et l'utilisation d'un pour cent du produit intérieur brut national pour le financement des services à l'enfance.

Le plus beau pays du monde semble avoir des croutes à manger avant de pouvoir mériter ce titre! L'éducation d'un enfant doit commencer aussi tôt que celui-ci est en mesure de communiquer avec ses parents et, pour ce faire, ils se doivent d'être disponibles. Pour cette raison les congés parentaux sont d'une nécessité absolue. Le problème majeur ici c'est qu'un congé d'un an n'est malheureusement pas suffisant, puisque l'enfant continue son apprentissage bien au-delà de cette âge. La solution idéale serait qu'un des parents soit disponible pour l'éducation de l'enfant jusqu'à l'âge de 5 ans, mais dans notre société qui se le permet? On envoie donc l'enfant chez la gardienne, qui est souvent une inconnue, à 8h le matin pour les reprendrent le soir vers 5h, souper, lavage, devoirs, dodo. Alors? Avez vous passez du temps de qualité avec vos enfants aujourd'hui?

Des 24 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Suède est le seul pays à satisfaire aux 10 mesures standards suggérées, et l'Islande en respecte neuf. La Slovénie, qui a obtenu une note de six sur dix, était le seul pays non membre de l'OCDE à être évalué. Au bas de l'échelle, le Canada et l'Irlande ne remplissent tous deux qu'un critère: la moitié du personnel des services éducatifs à la petite enfance doit avoir un diplôme d'études supérieures adéquat. Les Etats-Unis satisfont à trois des critères de l'UNICEF. Pour Martha Friendly, qui dirige le Childcare Resource and Research Unit, la piètre performance canadienne n'a rien de surprenant. Au Canada, plus qu'ailleurs, on laisse la responsabilité des soins à la première enfance aux familles, tant au niveau national que dans plusieurs provinces. Selon Mme Friendly, le gouvernement fédéral doit montrer clairement qu'il considère cet enjeu important en l'incluant dans son budget, le mois prochain.

« On laisse la responsabilité des soins à la première enfance aux familles. » Ces mêmes familles qui peinent à trouver du temps pour leurs enfants. Si l'État et les parents ne peuvent s'occuper de l'éducation d'un enfant, qui aura le temps de le faire? La gardienne qui a à sa charge une dizaine d'enfants? La télévision et les jeux vidéos pourront peut-être s'en charger et vous aurez alors une jeunesse complètement déconnectée de la réalité. Il est toute fois hors de question que ce soit l'État qui prenne en charge l'éducation des enfants. Tout simplement parce que c'est une tâche impossible à accomplir sans en arrivé à des conséquences néfastes, dont en arrivé à des enfants éduqués suivant un «moule» bien établi.

Le rapport de l'UNICEF fait valoir que plusieurs pays de l'OCDE devraient augmenter de près du double leur niveau actuel de dépenses pour les services de soutien à la petite enfance pour pouvoir se conformer aux normes minimales acceptables. Le Canada, par exemple, consacre à peu près 0,2 pour cent de son PIB au soutien à l'enfance, selon M. Fisher. Le rapport note que la plupart des enfants des pays développés passent leurs toutes premières années dans une forme ou une autre de service assuré hors du foyer. Selon le rapport, on assiste en fait à une "révolution" dans la façon dont la majorité des jeunes enfants sont élevés dans les pays industrialisés. Dans la mesure où ce changement n'est pas planifié ni supervisé, on pourrait aussi dire que c'est un pari à haut risque sur les enfants d'aujourd'hui et le monde de demain, conclut le rapport d'UNICEF.

Ce rapport soulève de très bonnes questions quant à l'éducation de nos enfants. Des enfants qui sont sursocialisés et qui ne sont pas assez individualisés se qui ne permet pas de se connaître soit même en tant qu'individu, l'enfant préfère alors s'identifier à un groupe pour mieux en faire parti alors qu'il serait primordial qu'il se batisse une identité propre avant toute chose. Il ne peut donc aucunement développé un esprit critique puisqu'il risquerait alors de se faire rejeter par le groupe s'il questionne les agissements ou le mode de pensé de celui-ci. En réalité, nous vivons dans une société où la majorité des individus souffrent de sursocialisation, la solitude comportant aussi beaucoup de biens faits.



6 janv. 2009

Henri Julien - La Chasse-galerie

Henri Julien
(Québec, 1852 - Montréal, 1908)

La Chasse-galerie
1906
Huile sur toile
53,5x66,5cm

Cliquer sur l'image pour un agrandissement.



Peinture inspirée de la légende de la chasse-galerie, dont on peut voir ici les douze personnages en pleine action, chacun d'eux vivant ce moment à sa façon, l'un la bouteille à la main et le goulot en pleine bouche, l'autre effrayé bien conscient de sa situation précaire et enfin, un autre trop saoul pour être conscient de quoi que se soit. On peut discerner le démon, une vapeur grise se dissimulant dans les nuages de la nuit, à l'avant du canot, l'agrippant et l'attirant sournoisement vers les enfers.

On peut alors pousser la réflexion plus loin en regardant le tableau de plus près, suffit de remplacer quelques éléments de cette peinture. Par exemple, remplaçons le radeau par la société dans laquelle nous évoluons, je trouve cette image qu’en même réaliste du fait que les pagayeurs «habitent» le radeau et s’en servent comme d’un véhicule pour naviguer et vivre des expériences, tout comme un citoyen qui évolue et «habite» dans une société quelconque. La société étant aussi un environnement dans lequel chacun de nous peut s’épanouir et vivre des expériences qui peuvent changer nos vies positivement. Voilà donc l’importance d’avoir une société bien solide qui ne «coulera» pas due à une brèche dans sa coque après le moindre petit obstacle.

Le démon de vapeur quant à lui représente ces mêmes obstacles. Il est une élite corrompue qui ne pense qu’au gain financier et mène cette barque vers le bas. Il est ces petits voyous qui au lieu de travailler à garder le navire à flot tentent de le faire couler en profitant ou en nuisant à ceux qui travaillent fort pour garder la barque bien solidement à flot. Ce démon transparent bien dissimulé parmi les nuages représente bien l’élite corrompue, l’élite se cache sournoisement derrière la désinformation et la malhonnêteté intellectuelle. Elle entraîne lentement mais surement la société vers le bas en voulant toujours plus de richesse et de pouvoir. Dois-je préciser que lorsque la chaloupe coule, les citoyens l’habitant coulent aussi? Bien des gens se réjouissent de voir la chaloupe couler, mais attendons de voir leur réaction lorsqu’ils auront de l’eau jusqu’au menton!

Revenons à nos pagayeurs, comme je l’ai mentionné dans mon premier paragraphe, chacun d’eux expérimente ce moment à sa façon, mais examinons leur comportement de plus près. Prenons tout d’abord les trois pagayeurs derrière le pagayeur de tête, ceux qui semblent pagayer de toutes leurs forces pour faire remonter le navire, ce sont des navigateurs travaillant qui n’ont pas peur de se retrousser les manches quand le besoin ce présente. Ces citoyens semblent inconscients de la présence du «mal» à l’avant du navire ou ne réussissent tout simplement pas à mettre le doigt dessus même s’ils savent pertinemment que quelque chose ne va pas. Ils méritent tout de même beaucoup de respect parce que nous savons que nous pourrons compter sur eux en des temps difficiles.

Le cas du navigateur à la tuque rouge maintenant, celui-ci m’intrigue beaucoup. Il tien fermement sa rame à deux mains et semble donc bien conscient du danger, mais sa figure est tourné vers la lune, comme en contemplation devant ce spectacle naturel. J’aime bien cette capacité d’émerveillement devant des choses toutes simples, mais lorsque le navire prend l’eau on devrait retrousser ces manches afin de ramener la barque à bon port pour par la suite profiter en toute quiétude de ces beautés que nous dévoilent mère nature.

L’arrière du navire maintenant! On peut y discerner beaucoup de comportements révélateurs. Trois des pagayeurs situés à l’arrière du navire semblent vouloir faire tout leur possible pour ramener le navire à bon port. Celui avec la tuque et le foulard rouges, celui avec le petit chapeau brun et les grosses mitaines brunes et celui avec la tuque et le manteau bruns. Ces trois navigateurs se font malheureusement nuire par trois de leurs compatriotes, qui sont fort occupés à se souler et à fêter, inconscients du malheur qui les attend. Non seulement ces navigateurs ne tentent rien pour améliorer les choses, mais en plus ils nuisent à ceux qui font des efforts pour redresser la situation. En temps de crise, de tels parasites devraient se faire jeter par-dessus bord lorsqu’il en va de la survie des autres.

Les deux navigateurs situés complètement à l’avant et à l’arrière de l’embarcation sont aussi très intéressants. Ces deux pagayeurs semblent non seulement bien conscients du danger, mais semblent aussi bien voir ce qui attire le navire vers le bas. Après bien des recherches, ils ont réussi à discerner la forme vaporeuse du «mal» parmi les nuages malgré la supercherie et tentent bien que mal de diriger la petite chaloupe dans la bonne direction. Ils prennent le risque de se lever pendant la tempête malgré la menace du démon qui fera tout son possible pour les jeter par-dessus bord en premier, parce que le démon sait à ce moment qu’il est repéré. Ils s’accrochent fermement au navire et sont bien conscients de son importance. Ils sont les guides sur lesquels les personnes travaillantes, ne désirant peut-être pas prendre la tête et prendre des risques, peuvent avoir confiance. Chacun d’eux jouant un rôle primordial à la réussite d’une traversée houleuse.

Et vous, quel type de navigateurs êtes-vous?


Il existe plusieurs versions de La Chasse-galerie. Voici celle d'Honoré Beaugrand.

Chapitre I
Pour lors, je vas vous raconter une rôdeuse d’histoire, dans le fin fil ; mais s’il y a parmi vous autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu’ils font mieux d’aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat, car je vais commencer mon histoire en faisant un grand signe de croix pour chasser le diable et ses diablotins. J’en ai eu assez de ces maudits-là, dans mon jeune temps.

Pas un homme ne fit mine de sortir : au contraire, tous se rapprochèrent de la cambuse où le cook achevait son préambule et se préparait à raconter une histoire de circonstance.

On était à la veille du jour de l’an 1858, en pleine forêt vierge, dans les chantiers des Ross, en haut de la Gatineau. La saison avait été dure et la neige atteignait déjà la hauteur du toit de la cabane.

Le bourgeois avait, selon la coutume, ordonné la distribution du contenu d’un petit baril de rhum parmi les hommes du chantier, et le cuisinier avait terminé de bonne heure les préparatifs du fricot de patte et des glissantes pour le repas du lendemain. La mélasse mijotait dans le grand chaudron pour la partie de tire qui devait terminer la soirée.

Chacun avait bourré sa pipe de bon tabac canadien, et un nuage épais obscurcissait l’intérieur de la cabane, où un feu pétillant de pin résineux jetait, cependant, par intervalles, des lueurs rougeâtres qui tremblotaient en éclairant, par des effets merveilleux de clair-obscur, les mâles figures de ces rudes travailleurs des grands bois.

Joe le cook était un petit homme assez mal fait, que l’on appelait généralement le bossu, sans qu’il s’en formalisât, et qui faisait chantier depuis au moins 40 ans. Il en avait vu de toutes les couleurs dans son existence bigarrée, et il suffisait de lui faire prendre un petit coup de jamaïque pour lui délier la langue et lui faire raconter ses exploits.

Chapitre II
Je vous disais donc, continua-t-il, que si j’ai été un peu tough dans ma jeunesse, je n’entends plus risée sur les choses de la religion. J’vas à confesse régulièrement tous les ans, et ce que je veux vous raconter là se passait aux jours de ma jeunesse, quand je ne craignais ni Dieu ni diable. C’était un soir comme celui-ci, la veille du jour de l’an, il y a de cela 34 ou 35 ans. Réunis avec tous mes camarades autour de la cambuse, nous prenions un petit coup ; mais si les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petits verres finissent par vider les grosses cruches, et dans ces temps-là, on buvait plus sec et plus souvent qu’aujourd’hui, et il n’était pas rare de voir finir les fêtes par des coups de poings et des tirages de tignasse. La jamaïque était bonne, – pas meilleure que ce soir, – mais elle était bougrement bonne, je vous le persouête ! J’en avais bien lampé une douzaine de petits gobelets, pour ma part, et sur les onze heures, je vous l’avoue franchement, la tête me tournait et je me laissai tomber sur ma robe de carriole pour faire un petit somme en attendant l’heure de sauter à pieds joints, par-dessus la tête d’un quart de lard, de la vieille année dans la nouvelle, comme nous allons le faire ce soir sur l’heure de minuit, avant d’aller chanter la guignolée et souhaiter la bonne année aux hommes du chantier voisin.

Je dormais donc depuis assez longtemps, lorsque je me sentis secouer rudement par le boss des piqueurs, Baptiste Durand, qui me dit :

– Joe, minuit vient de sonner, et tu es en retard pour le saut du quart. Les camarades sont partis pour faire leur tournée, et moi je m’en vais à Lavaltrie voir ma blonde. Veux-tu venir avec moi ?

A Lavaltrie ! lui répondis-je, es-tu fou ? Nous en sommes à plus de cent lieues et d’ailleurs aurais-tu deux mois pour faire le voyage, qu’il n’y a pas de chemin de sortie dans la neige. Et puis, le travail du lendemain du jour de l’an ?

– Animal ! répondit mon homme, il ne s’agit pas de cela. Nous ferons le voyage en canot d’écorce, à l’aviron, et demain matin, à six heures, nous serons de retour au chantier.

Je comprenais.

Mon homme me proposait de courir la chasse-galerie et de risquer mon salut éternel pour le plaisir d’aller embrasser ma blonde au village. C’était raide ! Il était bien vrai que j’étais un peu ivrogne et débauché et que la religion ne me fatiguait pas à cette époque, mais risquer de vendre mon âme au diable, ça me surpassait.

– Cré poule mouillée ! continua Baptiste, tu sais bien qu’il n’y a pas de danger. Il s’agit d’aller à Lavaltrie et de revenir dans six heures. Tu sais bien qu’avec la chasse-galerie, on fait au moins cinquante lieues à l’heure quand on sait manier l’aviron comme nous. Il s’agit tout simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet, et de ne pas s’accrocher aux croix des clochers en voyageant. C’est facile à faire et pour éviter tout danger, il faut penser à ce qu’on dit, avoir l’œil où l’on va et ne pas prendre de boisson en route. J’ai fait le voyage cinq fois et tu vois bien qu’il ne m’est jamais arrivé malheur. Allons, mon vieux, prends ton courage à deux mains et si le cœur t’en dit, dans deux heures de temps, nous serons à Lavaltrie. Pense à la petite Liza Guimbette, et au plaisir de l’embrasser. Nous sommes déjà sept pour faire le voyage, mais il faut être deux, quatre, six ou huit, et tu seras le huitième.

– Oui ! tout cela est très bien, mais il faut faire un serment au diable, et c’est un animal qui n’entend pas à rire lorsqu’on s’engage à lui.

Une simple formalité, mon Joe. Il s’agit simplement de ne pas se griser et de faire attention à sa langue et à son aviron. Un homme n’est pas un enfant, que diable ! Viens ! Viens ! Nos camarades nous attendent dehors, et le grand canot de la drave est tout prêt pour le voyage.
Je me laissai entraîner hors de la cabane où je vis en effet six de nos hommes qui nous attendaient, l’aviron à la main. Le grand canot était sur la neige dans une clairière et avant d’avoir eu le temps de réfléchir, j’étais déjà assis dans le devant, l’aviron pendant sur le plat-bord, attendant le signal du départ. J’avoue que j’étais un peu troublé, mais Baptiste, qui passait dans le chantier, pour n’être pas allé à confesse depuis sept ans, ne me laissa pas le temps de me débrouiller. Il était à l’arrière, debout, et d’une voix vibrante il nous dit :

– Répétez avec moi !

Et nous répétâmes :

Satan, roi des enfers, nous te promettons de te livrer nos âmes, si d’ici à six heures, nous prononçons le nom de ton maître et le nôtre, le bon Dieu, et si nous touchons une croix dans le voyage. À cette condition, tu nous transporteras, à travers les airs, au lieu où nous voulons aller, et tu nous ramèneras de même au chantier !

Chapitre III
Acabris ! Acabras ! Acabram !

Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !


À peine avions-nous prononcé les dernières paroles que nous sentîmes le canot s’élever dans l’air à une hauteur de cinq ou six cents pieds. Il me semblait que j’étais léger comme une plume et, au commandement de Baptiste, nous commençâmes à nager comme des possédés que nous étions. Aux premiers coups d’aviron le canot s’élança dans l’air comme une flèche, et c’est là le cas de dire, le diable nous emportait. Ça nous en coupait le respire, et le poil en frisait sur nos bonnets de carcajou.

Nous filions plus vite que le vent. Pendant un quart d’heure, environ, nous naviguâmes au-dessus de la forêt sans apercevoir autre chose que les bouquets des grands pins noirs. Il faisait une nuit superbe et la lune, dans son plein, illuminait le firmament comme un beau soleil du midi. Il faisait un froid du tonnerre et nos moustaches étaient couvertes de givre mais nous étions tous en nage. Ça se comprend aisément puisque c’était le diable qui nous menait et je vous assure que ce n’était pas sur le train de la Blanche'. Nous découvrîmes bientôt une éclaircie, c’était la Gatineau dont la surface glacée et polie étincelait au-dessous de nous comme un immense miroir. Puis, p’tit à p’tit nous aperçûmes des lumières dans les maisons d’habitants ; puis des clochers d’église qui reluisaient comme des baïonnettes de soldats, quand ils font l’exercice sur le Champ-de-Mars de Montréal. On passait ces clochers aussi vite que les poteaux de télégraphe, quand on voyage en chemin de fer. Et nous filions toujours comme tous les diables, sautant par-dessus les villages, les forêts, les rivières, et laissant derrière nous comme un traînée d’étincelles. C’est Baptiste, le possédé, qui gouvernait, car il connaissait la route et nous arrivâmes bientôt à la rivière des Outaouais qui nous servit de guide pour descendre jusqu’au lac des Deux-Montagnes.

– Attendez un peu ! cria Baptiste. Nous allons raser Montréal, et nous allons effrayer les coureux qui sont encore dehors à c’te heure-cite. Toi, Joe ! là, en avant, éclaircis-toi le gosier et chante-nous une chanson sur l’aviron.

En effet, nous apercevions déjà les mille lumières de la grande ville, et Baptiste, d’un coup d’aviron, nous fit descendre à peu près au niveau des tours de Notre-Dame. J’enlevai ma chique pour ne pas l’avaler, et j’entonnai à tue-tête cette chanson de circonstance, que tous les canotiers répétèrent en chœur :

Mon père n’avait fille que moi,
Canot d’écorce qui va voler,
Et dessus la mer il m’envoie :
Canot d’écorce qui vole, qui vole,
Canot d’écorce qui va voler !

Et dessus la mer il m’envoie,
Canot d’écorce qui va voler,
Le marinier qui nous menait :
Canot d’écorce qui vole, qui vole.
Canot d’écorce qui va voler !

Le marinier qui me menait,
Canot d’écorce qui va voler,
Me dit, ma belle, embrassez-moi :
Canot d’écorce qui vole, qui vole,
Canot d’écorce qui va voler !

Me dit, ma belle, embrassez-moi,
Canot d’écorce qui va voler,
Non,non, Monsieur, je ne saurais :
Canot d’écorce qui vole, qui vole,
Canot d’écorce qui va voler !

Non, non, Monsieur, je ne saurais,
Canot d’écorce qui va voler,
Car si mon papa le savait :
Canot d’écorce qui vole, qui vole,
Canot d’écorce qui va voler !

Car si mon papa le savait,
Canot d’écorce qui va voler...
Ah ! c’est bien sûr qu’il me battrait :
Canot d’écorce qui vole, qui vole,
Canot d’écorce qui va voler !

Chapitre IV
Bien qu’il fût près de deux heures du matin, nous vîmes des groupes s’arrêter dans les rues pour nous regarder passer, mais nous filions si vite qu’en un clin d’œil nous avions laissé loin derrière nous Montréal et ses faubourgs, et alors je commençai à compter les clochers : ceux de la Longue-Pointe, de la Pointe-aux-Trembles, de Repentigny, de Saint-Sulpice, et enfin les deux flèches argentées de Lavaltrie, qui dominaient le vert sommet des grands pins du domaine.

– Attention, vous autres ! nous cria Baptiste. Nous allons atterrir à l’entrée du bois, dans le champ de mon parrain, Jean-Jean Gabriel, et nous nous rendrons ensuite à pied pour aller surprendre nos connaissances dans quelque fricot ou quelque danse du voisinage.

Qui fut dit fut fait, et cinq minutes plus tard, notre canot reposait dans un banc de neige, à l’entrée du bois de Jean-Jean Gabriel ; et nous partîmes tous les huit à la file pour nous rendre au village. Ce n’était pas une mince besogne, car il y avait pas de chemin battu, et nous avions de la neige jusqu’au califourchon. Baptiste qui était plus effronté que les autres s'en alla frapper à la porte de la maison de son parrain où l’on apercevait encore de la lumière ; mais il n’y trouva qu’une fille engagère qui lui annonça que les vieilles gens étaient à un snaque chez le père Robillard, mais que les farauds et les filles de la paroisse étaient presque tous rendus chez Batissette Augé, à la Petite-Misère, en bas de Contrecœur, de l’autre côté du fleuve, où il y avait un rigodon du jour de l’an.

– Allons au rigodon chez Batissette Augé ! nous dit Baptiste, on est certain d’y rencontrer nos blondes.

– Allons chez Batissette !

Et nous retournâmes au canot, tout en nous mettant naturellement en garde sur le danger qu’il y avait de prononcer certaines paroles, et de boire un coup de trop, car il fallait reprendre la route des chantiers et y arriver avant six heures du matin, sans quoi nous étions flambés comme des carcajous, et le diable nous emportait au fin fond des enfers.

Acabris ! Acabras ! Acabram !

Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !


cria de nouveau Baptiste. Et nous voilà embarqués tous ensemble pour la Petite-Misère, en naviguant en l’air comme des renégats que nous étions tous. En deux tours d’aviron, nous avions traversé le fleuve et nous étions rendus chez Batissette Augé dont la maison était tout illuminée. On entendait vaguement, au dehors les sons du violon et les éclats de rire des danseurs, dont on voyait les ombres se trémousser à travers les vitres couvertes de givre. Nous cachâmes notre canot derrière les tas de bourdillons qui bordaient la rive, car la glace avait refoulé cette année-là.

– Maintenant, nous répéta Baptiste, pas de bêtises, les amis, et attention à vos paroles ! Dansons comme des perdus, mais pas un seul verre de Molson, ni de jamaïque, vous m’entendez ! Et au premier signe suivez-moi tous, car il faudra repartir sans attirer l’attention. Et nous allâmes frapper à la porte.

Chapitre V
Le père Batissette vint ouvrir lui-même et nous fûmes reçus à bras ouverts par les invités que nous connaissions presque tous.

On nous assaillit d’abord de questions :

– D’où venez-vous ?
– Je vous croyais dans les chantiers !
– Vous arrivez bien tard !
– Venez boire une larme !
Ce fut encore Baptiste qui nous tira d’affaire en prenant la parole :

– D’abord, laissez-nous nous décapoter et puis ensuite laissez-nous danser. Nous sommes venus exprès pour ça. Demain matin, je répondrai à toutes vos questions, et nous vous raconterons tout ce que vous voudrez.

Pour moi, j’avais déjà reluqué Liza Guimbette qui était faraudée par le p’tit Boisjoli de Lanoraie.

Je m’approchai d’elle pour la saluer et pour lui demander l’avantage de la prochaine, qui était un reel à quatre. Elle accepta avec un sourire qui me fit oublier que j’avais risqué le salut de mon âme pour avoir le plaisir de me trémousser et de battre les ailes de pigeon en sa compagnie. Pendant deux heures de temps, une danse n’attendait pas l’autre et ce n’est pas pour me vanter si je vous dis que, dans ce temps-là, il n’y avait pas mon pareil à dix lieues à la ronde pour la gigue simple ou la voleuse. Mes camarades, de leur côté, s’amusaient comme des lurons, et tout ce que je puis vous dire, c’est que les garçons d’habitants étaient fatigués de nous autres, lorsque quatre heures sonnèrent à la pendule.

J’avais cru voir Baptiste Durand s’approcher du buffet où les hommes prenaient des nippes de whisky blanc, de temps en temps, mais j’étais tellement occupé avec ma partenaire que je n’y portai pas beaucoup d’attention. Mais maintenant que l’heure de remonter en canot était arrivée, je vis clairement que Baptiste avait pris un coup de trop et je fus obligé d’aller le tirer par le bras pour le faire sortir avec moi, en faisant signe aux autres de se préparer à nous suivre sans attirer l’attention des danseurs. Nous sortîmes les uns après les autres sans faire semblant de rien et cinq minutes plus tard, nous étions rembarqués en canot, après avoir quitté le bal comme des sauvages, sans dire bonjour à personne ; pas même à Liza, que j’avais invitée pour danser un foin. J’ai toujours pensé que c’était cela qui l’avait décidée à me trigauder et à épouser le petit Boisjoli sans même m’inviter à ses noces, la bougresse. Mais pour revenir à notre canot, je vous avoue que nous étions rudement embêtés de voir que Baptiste Durand avait bu un coup, car c’était lui qui nous gouvernait et nous n’avions juste que le temps de revenir au chantier pour six heures du matin avant le réveil des hommes qui ne travaillaient pas le jour du jour de l’an. La lune était disparue et il ne faisait plus aussi clair qu’auparavant, et ce n’est pas sans crainte que je pris ma position à l’avant du canot, bien décidé à avoir l’œil sur la route que nous allions suivre. Avant de nous enlever dans les airs, je me retournai et je dis à Baptiste :

– Attention, là, mon vieux ! Pique tout droit sur la montagne de Montréal, aussitôt que tu pourras l’apercevoir.

– Je connais mon affaire, répondit Baptiste, et mêle-toi des tiennes !

Et avant que j’aie eu le temps de répliquer :

Acabris ! Acabras ! Acabram !

Fais-nous voyager par-dessus les montagnes !


Chapitre VI
Et nous voilà repartis à toute vitesse. Mais il devint aussitôt évident que notre pilote n’avait plus la main aussi sûre, car le canot décrivait des zigzags inquiétants. Nous ne passâmes guère à plus de cent pieds du clocher de Contrecœur et au lieu de nous diriger vers l’ouest, vers Montréal, Baptiste nous fit prendre des bordées vers la rivière Richelieu. Quelques instants plus tard, nous passâmes par dessus la montagne de Belœil et il ne s’en manqua pas de dix pieds que l’avant du canot n’allât se briser sur la grande croix de tempérance que l’évêque de Nancy avait plantée là.
– A droite, Baptiste ! à droite ! mon vieux, car tu vas nous envoyer chez le diable, si tu ne gouvernes pas mieux que ça !

Et Baptiste fit instinctivement tourner le canot vers la droite en mettant le cap sur la montagne de Montréal que nous apercevions déjà dans le lointain. J’avoue que la peur commençait à me tortiller car si Baptiste continuait à nous conduire de travers, nous étions flambés comme des gorets qu’on grille après la boucherie. Je vous assure que la dégringolade ne se fit pas attendre, car au moment où nous passions au-dessus de Montréal, Baptiste nous fit prendre une sheer et dans le temps de m'y préparer, le canot s’enfonça dans un banc de neige, dans une éclaircie, sur le flanc de la montagne. Heureusement que c’était de la neige molle, que personne n’attrapa de mal et le canot ne fut pas brisé. Mais à peine étions-nous sortis de neige, que voilà Baptiste qui commence à sacrer comme un possédé et qui déclare qu’avant de repartir pour la Gatineau, il veut descendre en ville prendre un verre. J’essayai de raisonner avec lui, mais allez donc faire entendre raison à un ivrogne qui veut se mouiller la luette ! Alors, rendus à bout de patience, et plutôt que de laisser nos âmes au diable qui se léchait déjà les babines en nous voyant dans l’embarras, je dis un mot à tous mes autres compagnons qui avaient aussi peur que moi, et nous nous jetons tous sur Baptiste, que nous terrassons, sans lui faire mal, et que nous plaçons ensuite au fond du canot, – après l’avoir ligoté comme un bout de saucisse, et lui avoir mis un bâillon pour l’empêcher de prononcer des paroles dangereuses, lorsque nous serions en l’air. ET :

Acabris ! Acabras ! Acabram !

nous voilà repartis sur un train de tous les diables, car nous n’avions plus qu’une heure pour nous rendre au chantier de la Gatineau. C’est moi qui gouvernais, cette fois-là, et je vous assure que j’avais l’œil ouvert et le bras solide. Nous remontâmes la rivière Outaouais comme une poussière jusqu’à la Pointe-à-Gatineau et de là nous piquâmes au nord vers le chantier. Nous n’en étions plus rien qu’à quelques lieues, quand voilà-t-il pas cet animal de Baptiste qui se détortille de la corde avec laquelle nous l’avions ficelé, qui s’arrache son bâillon et qui se lève tout droit, dans le canot, en lâchant un sacre qui me fit frémir jusque dans la pointe des cheveux ! Impossible de lutter contre lui dans le canot, sans courir le risque de tomber d’une hauteur de trois cents pieds , et l’animal gesticulait comme un perdu en nous menaçant tous de son aviron qu’il avait saisi et qu’il faisait tournoyer sur nos têtes en faisant le moulinet comme un Irlandais avec son shilelagh. La position était terrible, comme vous le comprenez bien. Heureusement que nous arrivions. Mais j’étais tellement excité, que par une fausse manœuvre que je fis pour éviter l’aviron de Baptiste, le canot heurta la tête d’un gros pin, et que nous voilà tous précipités en bas, dégringolant de branche en branche comme des perdrix que l’on tue dans les épinettes. Je ne sais pas combien je mis de temps à descendre, car je perdis connaissance avant d’arriver, et mon dernier souvenir était comme celui d’un homme rêvant qu’il tombe dans un puits qui n’a pas de fond.

Chapitre VII
Vers les huit heures du matin, je m’éveillai au fond de mon lit, dans la cabane, où nous avaient transportés les bûcherons qui nous avaient trouvés sans connaissance, enfoncés jusqu’au cou, dans un banc de neige du voisinage. Heureusement que personne ne s’était cassé les reins mais je n’ai pas besoin de vous dire que j’avais les côtes sur le long comme un homme qui aurait couché sur les ravalements durant toute une semaine, sans parler d’un black-eye et de deux ou trois déchirures sur les mains et dans la figure. Enfin le principal, c’est que le diable ne nous avait pas tous emportés et je n’ai pas besoin de vous dire que je ne m’empressai pas de démentir ceux qui prétendirent qu'ils m'avaient trouvé, avec Baptiste et les six autres, tous saouls comme des grives, et en train de cuver notre jamaïque dans un banc de neige des environs. C’est déjà pas si beau d’avoir presque vendu son âme au diable, sans s’en vanter parmi les camarades ; et ce n’est que bien des années plus tard que je racontai l’histoire telle qu’elle m’était arrivée.

Tout ce que je puis vous dire, mes amis, c’est que ce n’est pas si drôle qu’on le pense que d’aller voir sa blonde en canot d’écorce, en plein cœur d’hiver, en courant la chasse-galerie ; surtout si vous avez un maudit ivrogne qui se mêle de gouverner. Si vous m’en croyez, vous attendrez à l’été prochain pour aller embrasser vos petits cœurs, sans courir le risque de voyager au profit du diable.

Et Joe, le cook, plongea sa micaouane dans la mélasse bouillonnante aux reflets dorés, et déclara que la tire était cuite à point, et qu’il n’y avait plus qu’à l’étirer.

2 janv. 2009

Êtes-vous Misanthrope?

Connaissez-vous la misanthropie? Vous savez cet état d’esprit qui fait en sorte que nous haïssons nos semblables, les humains. L’expression est populaire chez les amateurs de Black Metal et chez de nombreux groupes de ce genre de musique qualifiant leur musique de Black Metal misanthropique. Il semble que ce soit devenu une expression populaire dans le milieu, une sorte de façon de se démarquer de la masse. « Je ne fais pas partie de la masse, je hais la masse. » Les raisons évoquées pour cette haine sont habituellement très simples, l’humain est tout simplement un être mauvais, incapable de cohabiter en harmonie avec ses semblables et destructeurs de la planète sur laquelle il vit et s’accomplit.

Bien sûr, il est très facile de détester des gens qui nous entourent, prenons par exemple le conflit qui existe entre les personnes de droite et de gauche. Il est tellement facile aujourd’hui de classifier les personnes qui nous entourent dans ces deux types de modes de pensée, on s’attaque, on s’entredéchire continuellement. Je dois dire que je trouve ce conflit puéril et sans intérêt, lorsqu’un problème se pose on ne doit pas se demander ce que ferait une personne de droite ou de gauche, on doit simplement régler le problème le plus efficacement possible de manière pragmatique. La droite comporte de bons éléments, la gauche comporte de bons éléments, combinons ces éléments et allons vers l’avant.

L’être humain est très souvent porté à avoir cette vision dualiste de la vie, le mal/le bien, la droite/la gauche, croyant/athée, c’est plus facile de se classer dans l’une de ces catégories et d’attaquer aveuglément celle qui lui est opposée. La vie est pourtant si complexe, il est impossible de classer les choses qui nous entourent dans deux catégories, on en vient à avoir une vision dogmatique et on rejette tout ce qui est opposé à notre système de croyances. Il n’y a pas de chemin parfait tout tracé à l’avance, ni de manière d’agir parfaite, c’est pour cela que nous devons être en constante réflexion et remise en question, afin de mieux faire face à la réalité qui nous entoure.

Personnellement, le sentiment de haine m’inspire peu, il entraîne souvent la frustration et devient contre-productif, car nous consacrons alors nos énergies à rabaisser et dénigrer l’objet de notre haine. Quelles sont les conséquences de ces agissements? La majorité du temps, il n’y en a aucune. La haine amène la stagnation, car elle nous aveugle et ne nous permet pas d’entrer dans un véritable état de création où l’on se doit d’être en paix avec soi-même. Nous agissons parfois comme si le seul fait de haïr était un acte libérateur, mais il n’en est rien, la haine devient vite une dépendance et une prison nous empêchant de passer à autre chose.

Ceci est encore plus véridique lorsque cette haine vise nos semblables. « Pourquoi devrais-je m’efforcer de faire quelque chose de bien pour cette humanité que je déteste? » La réponse à cette question est fort simple. Une personne misanthrope est généralement et rapidement encline à dénoncer les comportements de ces semblables, les trouvant idiots ou stupides, sans toutefois faire quoi que se soit pour améliorer la situation. Bien qu’il soit saint de reconnaître les problèmes des individus nous entourant, en ne posant aucun geste pour améliorer le comportement de nos semblables, nous devenons aussi parasitaires et faibles que n’importe quel autre humain habitant cette planète. En agissant de la sorte, nous faisons alors partie du problème et non de la solution, si tout le monde agissait de cette manière, il serait alors évident que l’humanité ne mériterait pas de fouler le sol de cette planète. En ce sens, la misanthropie doit être surpassée, la première étape étant de reconnaître que nous vivons dans une société où les problèmes sont nombreux, la deuxième étape étant de trouver des réponses à ces problèmes et enfin de faire notre possible pour les appliquer.

J’aime être en compagnie d’humains, je réussis toujours à leur trouver une qualité quelconque. C’est sur ces qualités qu’il faut bâtir pour agir positivement. L’être humain est plein de défauts, mais il est aussi capable de réflexion et de changement, il peut s’adapter et être fort. Il suffit de lui donner une raison de le faire et parfois de lui montrer la voie, en toute fraternité.